Bulge folliculaire : étude détaillée chez le foetus humain

Le bulge (renflement) du follicule pileux est un amas de kératinocytes rattaché à la gaine folliculaire externe. Il se trouve au dessous de l'abouchement du canal sébacé et sert de point d'attache au muscle arrecteur pilaire. Les connaissances sur cette structure reposent sur l'expérimentation chez les rongeurs.

Chez l'homme adulte, le bulge est morphologiquement indiscernable, au point que la possibilité qu'il joue un rôle fonctionnel, et même son existence ont été discutés. Grâce à leurs travaux sur des foetus âgés de 16 à 18 semaines, M. AKIYAMA et coll. montrent qu'il s'agit d'une structure bien caractérisée morphologiquement et fonctionnellement chez l'homme, au moins durant l'embryogénèse.

Le bulge est très probablement le site des cellules souches folliculaires chez le foetus humain(1). Nettement distinct entre 16 et 18 semaines de gestation (au stade du "bulbous hair peg "= ébauche pilaire bulbeuse), le bulge a
pparaît formé de deux assises cellulaires concentriques, les cellules internes étant plus petites que celles de l'assise externe. Les premières sont complètement indifférenciées, les secondes ne montrant qu'une ébauche d'appareillage des synthèses protéiques.

On n'observe pratiquement aucune mitose, ce qui indique un cycle cellulaire lent, à un stade où l'activité proliférative a déjà commencé au niveau de la matrice pilaire. L'étude de l'expression des kératines confirme qu'il s'agit de cellules moins différenciées que celles du reste de la gaine épithéliale externe ou de l'épithélium interfolliculaire.

Les cellules du bulge expriment simultanément les kératines basales K15 et K14, caractéristiques des épithéliums simples, et le couple K8-K19, présent à un stade précoce dans les épithéliums stratifiés, alors qu'elles n'expriment pas K1-K10, associées au début de la kératinisation. Cette faible différenciation persiste probablement chez l'adulte, chez qui les cellules du bulge restent marquées par les monoclonaux anti-K19. Outre les kératinocytes, on identifie dans le bulge des mélanocytes et des cellules de Merkel , mais pas de cellules Langerhans.

Dans la région du bulge, la membrane basale est presque complètement formée, comparable à celle de la zone de la matrice pilaire ou de l'épiderme interfolliculaire, alors qu'elle est encore immature sur tout le reste de la gaine épithéliale externe. Le bulge est probablement responsable de l'induction de la structure musculaire chez le foetus. Vers 17 semaines de gestation, des cellules musculaires lisses peu différenciées s'assemblent en bandes dirigées vers la région du bulge de l'ébauche folliculaire bulbeuse dans le derme superficiel.

Ce n'est qu'à la fin du stade de bulbous hair peg , après 20 semaines de gestation, que ces cellules entrent en contact avec la basale du bulge, qui achève alors sa différenciation avec le développement des fibrilles d'ancrage et des hémidesmosomes.
La comparaison des caractères morphologiques et fonctionnels des cellules du bulge foetal avec celles de la papille suggère que le premier est une réserve de cellules souches tandis que la seconde ne constituerait qu'un secteur d'amplification.

Ces données ne peuvent être extrapolées chez l'adulte, mais l'identification du bulge comme site des cellules souches folliculaires expliquerait pourquoi les kératinocytes de la matrice pilaire ("cellules amplifiables transitoirement") ne peuvent croître en culture que pendant un nombre de cycles bien inférieur à celles prélevées au niveau de la gaine épithéliale externe à proximité du bulge. Elle cadrerait également avec certaines données anatomocliniques, comme la corrélation entre l'atteinte de la zone d'insertion du muscle arrecteur et la gravité des GVH cutanées.

L'activité des cellules du bulge est contrôlée par les facteurs de croissance épithéliaux (2). La même équipe a étudié l'expression des facteurs de croissance des épithéliums et de leurs récepteurs au niveau du bulge pilaire foetal humain et de son environnement conjonctif. EGF et TGFa, facteurs de multiplication des kératinocytes et des fibroblastes, ainsi que leur récepteur commun EGFR, sont présents dans toutes les cellules du bulge.

Certaines cellules de l'assise interne expriment également les deux chaînes de PDGF, facteur de recrutement et de croissance des fibroblastes, les récepteurs de ce même PDGF étant retrouvés tout le long de la gaine folliculaire. Enfin le récepteur de faible affinité au NGF est exprimé dans la partie inférieure du bulge et par les cellules mésenchymateuses de son environnement. Ces marquages suggèrent qu'au cours de la morphogénèse du follicule, EGF, TGFa, et NGF règlent la croissance et la différenciation des cellules du bulge, les PDGF intervenant dans l'interrelation entre bulge et tissus associés.

Chez l'adulte, ces facteurs de croissance pourraient intervenir dans la modulation du cycle pilaire au niveau du bulge.

(1) AKIYAMA M. Characterization of hair follicle bulge in human fetal skin: the human fetal bulge is a pool of undifferenciated keratinocytes. J. Invest. Dermatol. 1995 ; 105 : 844-850.

(2) AKIYAMA M. Growth factor and growth factor receptor localization in the hair follicle bulge and associated tissue in human foetuss. J. Invest. Dermatol 1996 ; 106 : 391-396.